3. Les conditions de développement du tourisme équestre |
|
|
|
Le tourisme équestre sous ses divers aspects présente des exigences modulées vis-à-vis des infrastructures mais s’appuie toujours sur:
Pour être performant, un produit touristique lié à la randonnée doit associer étroitement des circuits de qualité, des hébergements adaptés, un accueil cordial, des services complets et s’inscrire dans le cadre d’une promotion cohérente. De plus, il doit être adaptable à tous les niveaux de pratique et aux clientèles les plus diverses. 3.2. Obstacles propres au canton de Vaud D’un point de vue strictement environnemental, le canton de Vaud semble correspondre parfaitement aux exigences du tourisme équestre. Premièrement, la variété et la qualité de ses paysages en font un terrain propice à la découverte touristique. Deuxièmement, la concentration du tissu urbain autour du Léman résulte pour le reste du canton, à savoir le Jura, le plateau et les Alpes, en un caractère essentiellement rural qui convient particulièrement bien au développement d’une activité de pleine nature telle que le tourisme équestre. Si cette discipline ne connaît cependant pas l’essor qu’elle a pris dans certaines régions françaises par exemple, c’est qu’il subsiste certains obstacles tendant à freiner son développement. C’est précisément ces difficultés que nous allons maintenant aborder point par point. 3.2.1. Offre d’hébergement en milieu rural Comme il a été vu précédemment dans ce travail, le tourisme rural en Suisse romande n’en est encore qu’à ses débuts. Si la formule de l’hébergement à la campagne est très appréciée et demandée des touristes, l’offre est encore modeste. Compte tenu de l’évolution du monde agricole ainsi que des modifications de lois fédérales et cantonales tendant à favoriser, chez les ruraux, le développement d’activités annexes tels que le tourisme rural, les possibilités accueil à la campagne devraient progressivement se multiplier. Cependant, pour qu’une clientèle soit susceptible de venir séjourner dans une région, il faut que des possibilités d’animation, d’activités, de visites diverses existent. Le tourisme équestre peut contribuer à une telle offre. Toutefois, s’il constitue une formule attractive originale, il ne saurait assurer à lui seul une fréquentation touristique suffisante qui permette de rentabiliser les structures accueil de toute une région. A l’heure actuelle, l’activité de la plupart des gîtes équestres recensés par l’ASRE[2] ne se justifierait pas sans leur fréquentation par d’autres randonneurs que les cavaliers, tels que les cyclistes ou les marcheurs. Pour être rentables, les hébergements en campagne doivent s’efforcer d’être polyvalents afin de satisfaire le plus grand nombre. Si la création d’un réseau de randonnée équestre suppose l’existence d’un nombre suffisant de gîtes, elle ne doit pas non plus occasionner la mise en place d’infrastructures coûteuses dont la rentabilité n’est pas absolument assurée. L’organisation d’un tel réseau devrait pouvoir utiliser les hébergements déjà existants, quitte à les modifier afin de les rendre accessibles aux chevaux. Idéalement, l’aménagement d’un réseau de randonnée devrait pouvoir assurer aussi bien la qualité touristique du cheminement qu’un nombre suffisant d’étapes possibles. Le choix d’un itinéraire ne devrait pas être tributaire d’un manque de gîtes ou de l’absence de sentiers. Au niveau de la répartition spatiale, l’offre actuelle de gîtes équestres dans le canton de Vaud est plutôt satisfaisante. Toutefois, la zone qui va du Jura aux hauts de Nyon et de Morges mériterait de voir quelques étapes se développer. En effet, seuls les gîtes de Gimel et de Bussy se trouvent dans cette région, ce qui occasionne un « vide » regrettable jusqu’à La Sarraz[3]. Pour ce qui est du confort, 13 de ces gîtes offrent des chambres dont trois se trouvent dans des hôtels à proximité. D’une manière générale, les clientèles touristiques ont tendance à devenir plus exigeantes en matière de confort. Si au début, les randonnées équestres s’organisaient de manière modeste avec nuitées en dortoirs ou en bivouac, elles se sont améliorées avec le temps. La création et la généralisation de divers types d’hébergements ruraux - gîtes, relais, fermes-auberges, chambres d’hôtes - ont contribué à cette évolution. Comme dans l’hôtellerie et les villages de vacances, les exigences qualitatives ont évolué. Les services rustiques plus ou moins acceptables il y a vingt ans le sont de moins en moins aujourd’hui. Les nouvelles générations de touristes équestres délaisseront de plus en plus les logements et les sanitaires collectifs et orienteront leur choix vers des chambres de qualité hôtelière avec sanitaires complets et privés[4]. A cet égard, une normalisation des prestations dans les gîtes par le biais d’un label commun, ainsi que le rassemblement de leur descriptif dans un seul et même document serait un atout pour leur fréquentation. Ce type de document est déjà produit en Suisse romande par l’ASRE. Afin d’être plus complet et de s’assurer une meilleure promotion, ce document devrait être réalisé en collaboration avec l’organisme central du tourisme rural en Suisse romande (FTRSR). 3.2.2. Problématique des chemins de randonnée Le problème des chemins de randonnées est actuellement le plus gros obstacle qui se pose au développement du tourisme équestre. Très présent dans le canton de Vaud, il l’est également dans le Jura où il a provoqué en cinq ans une baisse de 30 % de sa fréquentation. La France, bien que proposant à l’heure actuelle le meilleur réseau de sentiers de randonnée équestre en Europe, n’échappe pas à ce problème. La DNTE se heurte chaque jour à de multiples litiges pour conserver et promouvoir ce réseau. Concernant directement le territoire, les chemins de randonnées font l’objet de multiples enjeux publics et privés. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas spécifique à la pratique équestre. Il concerne tous les types de randonnées, que ce soit à pied, en vélo ou à moto. Trois types de problèmes se posent. Le premier réside dans le passage qu’occasionne un chemin de randonnée qui, suivant les cas, emprunte un terrain public ou privé. Le second a pour objet le genre de revêtement dont ces chemins sont pourvus. Enfin, le troisième concerne les conflits qui opposent les différents types de randonneurs quant aux attentes diverses qu’ils ont de ces sentiers. Le but de la randonnée étant la découverte de divers lieux, paysages et sites naturels, il entraîne le passage de nombreuses personnes sur des sentiers faisant partie du domaine public ou privé. Si l’on veut que la fréquentation de ces passages puisse se généraliser sans que cela ne crée de litiges avec les propriétaires des terrains traversés, il devient nécessaire de monter un réseau qui soit reconnu officiellement. En Suisse comme dans d’autres pays, cela demande une organisation complexe et de longue durée. Avant de pouvoir baliser un itinéraire, il faut passer par diverses démarches qui consistent à ; obtenir les autorisations de passage par les propriétaires concernés; faire reconnaître les tracés par les autorités compétentes (office cantonal d’aménagement du territoire); et enfin, trouver les appuis financiers ainsi que le personnel nécessaire au montage et à l’entretien du réseau. L’organisation du tourisme pédestre, extrêmement bien développé en Suisse, est un parfait exemple d’un tel fonctionnement. Grâce à la FSTP (Fédération Suisse de Tourisme Pédestre) et à ses associations cantonales, un réseau d’environ 50’000 km de chemins de randonnée pédestre est à la disposition des marcheurs. Créé et entretenu depuis des décennies par les collaborateurs bénévoles de ces associations, il bénéficie également de certaines subventions octroyées par les autorités cantonales et fédérales[5]. L’amélioration constante du réseau routier suisse a entraîné d’une part la disparition de nombreux chemins de randonnées, et d’autre part, le revêtement progressif d’une importante partie d’entre eux avec un matériau dur. La transformation de nombreux chemins à revêtement naturel, notamment dans le cadre des améliorations foncières visant à faciliter l’exploitation des cultures agricoles au moyen de machines modernes, a ainsi privé les randonneurs de tronçons particulièrement adaptés à la marche à pied. Les voies couvertes de bitume, de goudron ou de ciment sont en effet monotones et sans attrait pour le randonneur. Elles fatiguent en outre l’appareil locomoteur. Préoccupé par la diminution constante des possibilités de randonnée sur des chemins et des routes à revêtement naturel, le peuple suisse a accepté l’introduction dans la Constitution fédérale d’un article 37quater, qui oblige la Confédération et les cantons à aménager et à maintenir des réseaux de chemins pour piétons et de chemins de randonnées pédestres et à les remplacer s’il leur est porté atteinte ou s’ils sont supprimés[6]. Se fondant sur cet article constitutionnel, le Conseil fédéral a mis en vigueur, le 1er janvier 1987, la Loi fédérale sur les chemins pour piétons et les chemins de randonnée pédestre (LCPR), ainsi que l’ordonnance du 26 novembre 1986 du même nom (OCPR)[7]. En vertu de cette loi, les cantons pourvoient à l’aménagement, à l’entretien et à la signalisation des chemins pour piétons et des chemins de randonnée pédestre. Ils sont tenus de faire appel pour cette tâche aux organisations privées spécialisées. Les bases légales édictées en matière de cheminement de randonnée s’adressent avant tout aux marcheurs. Or, si ces réseaux de chemins leur sont destinés en priorité, c’est à la loi sur la circulation routière (LCR) de réglementer leur accès aux autres catégories de randonneurs. Selon cette dernière, le cavalier et son cheval sont considérés différemment suivant qu’ils se trouvent à l’intérieur des localités ou en dehors de celles-ci. D’une manière générale, les chevaux montés, conduits à la main ou attelés doivent se comporter comme des véhicules au sein du trafic routier. Ils doivent donc observer les mêmes règles en matière de présélection, de priorité, de signaux de direction et de sens de circulation. De ce fait, ils n’ont pas accès aux cheminements réservés aux piétons ou aux cyclistes. Ce droit ne leur est accordé que si un panneau circulaire à fond bleu mentionne explicitement que le passage des cavaliers est autorisé. Les trottoirs et les pistes cyclables sont aménagés le long des routes traversant les localités dans le but de protéger leurs utilisateurs des dangers du trafic routier. Or, dès qu’il n’y a plus de trafic, c’est-à-dire sur les voies interdisant tout passage de véhicules automobiles et de cycles, les règles de circulation légales ne s’appliquent plus aux autres usagers de la route, autrement dit les piétons et les animaux. Ces derniers regroupant, d’après la loi, aussi bien le bétail que les chevaux montés, conduits ou attelés, cela signifie que les cavaliers y ont les mêmes droits que les piétons. L’article 43, alinéa 1 de la LCR confirme cet état de fait : « Les véhicules automobiles et les cycles n’emprunteront pas les chemins qui ne se prêtent pas ou ne sont manifestement pas destinés à leur circulation, par exemple les chemins réservés aux piétons ou au tourisme pédestre. »[8] Les véhicules motorisés et les cycles sont mentionnés expressément, non les véhicules sans moteur, ni les animaux, mais cela n’empêche pas les personnes qui s’en servent d’avoir des égards pour les autres usagers. Cet article a pour but de protéger les chemins sans revêtement solide et les usagers doivent les ménager. Il apparaît que la position du cheval en matière de circulation routière est quelque peu ambiguë. Considéré comme un véhicule au sein du trafic routier, on lui reconnaît par contre les même droits que les piétons sur les voies interdites aux véhicules motorisés et aux cycles. Les randonneurs équestres, tout comme les marcheurs, affectionnent les chemins à revêtement naturels. L’inconvénient du cheval c’est son poids ainsi que la nature « agressive » de ses sabots pour les sols fragiles. La détérioration des chemins que le passage fréquent des cavaliers peut entraîner provoque souvent le mécontentement des autres utilisateurs. Ce problème ajoute sans doute à l’inimitié générale qui oppose depuis longtemps marcheurs et randonneurs équestres sur les chemins de randonnée et qui s’observe aussi bien en Suisse qu’en France. Il est intéressant de relever cependant qu’en Suisse, le tourisme pédestre s’étant développé bien avant la randonnée équestre, il bénéficie d’excellentes bases légales que le tourisme équestre est loin de posséder. En France, par contre, le développement de la randonnée équestre a précédé celui de la marche à pieds, ce qui explique sans doute l’ampleur qu’elle a su y prendre aujourd’hui. En France, le balisage des pistes équestres est passablement développé. Depuis 1983, l’organisation du réseau de chemins de randonnée équestre et pédestre relève de la responsabilité des départements et des communes. Ceux-ci sont tenus d’élaborer « un plan départemental des itinéraires de promenade et de randonnée ». C’est le Conseil général qui délibère sur la décision et qui organise la mise en place du plan. Doivent notamment être consultés les maires, directeurs des Parcs nationaux et autres autorités de police. Les Conseils municipaux doivent émettre un avis sur le projet et délibérer sur l’inscription à ce plan des chemins ruraux concernés. Les propriétaires privés autres que les communes doivent être contactés pour l’établissement de conventions de passage. Cette phase est suivie par l’adoption du Plan par le Conseil général. La loi introduit en outre la règle du maintien ou du rétablissement de la continuité de l’itinéraire en cas d’aliénation ou de suppression par les communes de chemins ruraux qui sont inscrits au Plan. Il est intéressant de noter que les parcours ainsi organisés offrent des cheminements polyvalents, destinés aussi bien aux marcheurs qu’aux cavaliers. Les tronçons qui sont peu propices au passage à cheval font l’objet de dérivations par rapport au cheminement commun[9]. Actuellement il n’existe pas en Suisse d’association officiellement responsable du balisage d’itinéraires équestres ou de la publication de cartes indiquant précisément les sentiers équestres. L’ASRE (Association Suisse des Randonneurs Equestres) tient à la disposition de ses membres l’ensemble des cartes topographiques au 1:25’000 sur lesquelles sont tracés les itinéraires conseillés pour rallier les différents gîtes du réseau. Les membres peuvent à loisir consulter directement ces cartes dans les gîtes ou, moyennant finance, se faire tracer l’itinéraire sur leurs propres cartes. L’AVIC (Association Vaudoise pour la défense de l’Infrastructures indispensable au Cheval) s’efforce d’intervenir auprès des communes afin d’obtenir un maximum de tolérance de la part des autorités en matière de circulation équestre. Elle commence à réaliser certains balisages ponctuels en collaboration avec des communes soucieuses de contenter les randonneurs. Le cas de la commune de Bottens, encore unique en son genre, présente une solution qui pourrait être reproduite progressivement dans le reste du canton. Une partie des chemins de la commune devait être bétonnée pour les besoins de l’agriculture. Le revêtement en dur n’étant pas approprié aux sabots des chevaux, il a été décidé de décaler la bande bétonnée mesurant 2,5 m de large, de 25 cm sur l’emprise du chemin qui est de 4 m. Une largeur de 1 m est ainsi laissée à la disposition des promeneurs. D’abord empierrée, cette surface sera progressivement recouverte d’herbe et permettra aussi bien aux marcheurs qu’aux cavaliers de circuler sur un terrain plus souple que du béton. Si dans l’immédiat l’amélioration des possibilités de parcours équestres dans le canton de Vaud ne passe pas forcément par un balisage et une réglementation systématique du réseau qui s’avère souvent fort compliquée et coûteuse, une libéralisation et une plus grande tolérance en matière de cheminement équestre sont souhaitables. Des projets du type de celui de la commune de Bottens sont à encourager. La progression du réseau des parcours équestres passe également par un comportement responsable et respectueux des cavaliers quant aux terrains qu’ils traversent avec leurs chevaux. Afin de prévenir du « labourage » des sentiers, les passages sur sol fragiles devraient être évités par temps de pluie. A l’avenir, une collaboration plus étroite entre l’organisation du tourisme pédestre et celle des parcours équestres, à l’image du système français, pourrait être envisagée. Précisons enfin qu’une réglementation et une signalisation excessives des parcours de randonnée suivant leur catégorie pourrait, à la longue, avoir des effets négatifs. A force de vouloir classer et étiqueter les divers types de parcours, on risque de voir se développer des « autoroutes du cheval », des « autoroutes du VTT », des « autoroutes du marcheur ». Le but n’étant pas d’enfermer les différents types de randonnées dans des carcans, il est important de préserver une certaine polyvalence des possibilités d’itinéraires. 3.2.3. Rigidité des milieux équestres Le tourisme équestre répond plus à un besoin de détente des cavaliers qu’à une démonstration de leurs performances techniques. Beaucoup de gens viennent à l’équitation dans l’idée de pouvoir s’adonner au plaisir des ballades en extérieur. Pour cette catégorie de personnes, l’équitation est synonyme de loisir et non de discipline sportive. La pratique de la promenade ou de la randonnée équestre requiert de la part du cavalier un minimum de connaissances techniques afin de pouvoir maîtriser sa monture et se sentir à l’aise en toutes circonstances. L’apprentissage d’une telle base se fait généralement dans les centres équestres qui dispensent des cours d’équitation. Or, la pluspart de ces centres sont attachés aux disciplines traditionnelles de l’équitation que sont le dressage et le saut d’obstacle. Leur pratique nécessite un apprentissage ainsi qu’un entraînement stricte et leurs objectifs sont souvent orientés vers la compétition. Dans ce contexte, les ballades en extérieur apparaissent comme une distraction mais certainement pas comme une discipline reconnue. De plus, il subsiste généralement dans les milieux d’enseignement de l’équitation un esprit de discipline et de rigueur issu d’une tradition militaire d’où les courants équestres sportifs traditionnels sont originaires. Cette atmosphère se double encore fréquemment d’un esprit élitiste propre à un sport qui, de part son coût non négligeable, reste malgré tout réservé à une certaine partie de la population. Ces quelques critères font des centres équestres un milieu généralement rigide et peu compatible avec les motivations de détente et de loisir propres à la clientèle du tourisme équestre. L’équitation touristique diffère profondément de celle qui est pratiquée dans les centres équestres traditionnels. Ses adhérents recherchent la détente, la distraction, le fait qu’elle soit praticable occasionnellement, sans entraînement ou presque, le contact avec l’animal, le contact avec la nature, la souplesse permettant de s’adapter aux situations individuelles. Ce décalage est responsable d’une grande perte des cavaliers potentiels. Beaucoup de passions naissantes sont brisées suite à un premier contact déplaisant. On estime à 35 % la quantité de nouveaux pratiquants qui abandonnent l’équitation au cours de la première année[10]. La crainte des chutes, la difficulté de maîtriser le cheval, le formalisme de certains clubs, l’exiguïté des lieux, sont autant de raisons qui provoquent ces défections. Face à la demande croissante en matière d’équitation de loisir, les milieux équestres auront de plus en plus intérêt à se tourner vers sa pratique. Bien que le clivage entre sport et loisir ait toujours existé au sein de l’équitation, la demande pour une équitation moins professionnalisée, plus proche de la nature, et plus populaire devrait entraîner une ouverture et un assouplissement des milieux concernés. La randonnée n’est pas à considérer comme une sous-équitation mais comme un atout important en matière de tourisme rural et en tant que produit d’appel pour toute l’équitation. 3.2.4. La formation de « guides de randonnée » et la reconnaissance du cheval de loisir En France, où le tourisme équestre jouit d’une organisation très complète, des formations de « guides de randonnée »ont été mises sur pied par la DNTE (Délégation Nationale du Tourisme Equestre). Cette initiative témoigne de la reconnaissance qui est attribuée au tourisme équestre en tant qu’activité économique à part entière. Le fait de créer une formation professionnelle en tourisme équestre reconnue officiellement est une preuve de l’existence dynamique de ce secteur qui peut encore se développer et s’améliorer. En Suisse, une telle formation n’existe pas. Cependant, si cela prouve une fois de plus son retard dans ce domaine par rapport à sa voisine la France, la création de ce type de formation, reconnue officiellement, n’est pas forcément à encourager. Contrairement à la France où l’enseignement de l’équitation requiert un diplôme reconnu par l’Etat, n’importe qui en Suisse peut donner des cours d’équitation sans forcément posséder de formation officielle. Cette liberté de mouvement pourrait être limitée si la création de formations spécialisées reconnues officiellement était encouragée. L’ASRE, en collaboration avec certains centres intéressés par le tourisme équestre, organise des cours de randonneurs. Cette formule qui a le mérite de promouvoir la randonnée équestre sans pour autant instaurer de normes contraignantes est à multiplier autant que possible. Si la France se préoccupe de la formation des hommes susceptibles d’encadrer l’activité du tourisme équestre, elle se tourne aussi vers la préparation des chevaux. Les Haras nationaux français ont récemment mis sur pied des épreuves de qualification pour « les chevaux de loisirs ». Le marché de l’équitation de loisir s’amplifiant avec les années, ils espèrent ainsi encourager les éleveurs à produire des chevaux susceptibles de correspondre à cette demande. La reconnaissance officielle des caractéristiques du cheval de loisir contribuera à son développement sur des bases plus solides. En Suisse, l’élevage du cheval de loisir est un créneau à encourager. La race des Franches-Montagnes, longtemps vouée aux tâches de l’armée, correspond parfaitement de par ses caractéristiques principales - rusticité, endurance, souplesse, polyvalence (équitation ou attelage), calme et volonté - aux qualités requises par un cheval de loisir. Par ailleurs, la politique de l’élevage suisse tendant à favoriser la production de chevaux de sport, la demande en chevaux de loisir tend à être négligée, ce qui pousse passablement de ces demandeurs à s’approvisionner à l’étranger et notamment en France. C’est pourquoi une initiative telle que celle des épreuves de qualification des chevaux de loisir serait à appliquer en Suisse. Sa reconnaissance officielle par le Haras national encouragerait le développement des chevaux de loisir et favoriserait du même coup l’essor du tourisme équestre. 3.2.5. Faible rentabilité du tourisme équestre Le rendement économique des activités du tourisme équestre n’est malheureusement pas très élevé. Trois raisons principales expliquent cette défaillance. Premièrement, son coût d’organisation est élevé. L’achat, mais surtout l’entretien de plusieurs chevaux, avec les infrastructures nécessaires à leur maintenance (hébergement, affouragement, soins vétérinaires, ferrage), leur transport, ainsi que le matériel d’harnachement coûtent extrêmement cher. De même, les arrangements prévus pour les cavaliers (hébergement, approvisionnement, animations diverses), qu’ils soient conçu pour l’occasion ou sous-loués (hôtels, restaurants), supposent des investissements importants. Le prix de revient étant déjà passablement lourd pour le prestataire, la marge qu’il peut s’attribuer tout en garantissant un prix raisonnable pour son client est donc plutôt modeste. En Suisse, et notamment dans le Jura, le prix d’une journée de randonnée tout compris peut varier de 120 à150, voire 200 francs suisses suivant le niveau de confort offert. Les offres inférieures à 100 francs par jour ne peuvent pas garantir de marge viable pour leur entreprise et ne servent que des objectifs de promotion. En France, les prix sont à peu près équivalents puisqu’il faut compter de 500 à 700 francs français pour une journée de randonnée tout compris[11]. Deuxièmement, la conception de ce type de tourisme est totalement inadaptable au phénomène de masse. D’une part la demande du public se porte quasiment toujours sur des randonnées en petit nombre (pas plus de 15 cavaliers), et d’autre part, de nombreux établissements professionnels ne confirment leur départ qu’avec un nombre minimum de clients (4 à 5 en général). Il est donc impossible de commercialiser à des groupes organisés (15 cavaliers, c’est trop peu), et la promotion de ce type de produit auprès des individuels est limitée par ce phénomène d’annulation. Enfin, le tourisme équestre, comme tous les autres types de tourisme, est victime d’un facteur de saisonnalité. Les clients sont surtout disponibles pendant les périodes de vacances habituelles. De plus, la randonnée étant une activité de plein air, elle se prête plus à la saison estivale. Ce facteur pourrait cependant être amoindri de deux manières. Le fractionnement des congés de courte durée répartis sur toute l’année a multiplié la disponibilité des gens. Or on constate auprès des clientèles potentielles du tourisme équestre, un attrait pour les activités de type week-end ou court séjour. En effet, dans notre enquête sur les intérêts des cavaliers pour la randonnée équestre, la majorité des personnes prêtes à participer à des activités de tourisme équestre, disent vouloir le faire dans le cadre d’une excursion de week-end. De même, nécessitant un bon équipement, ces excursions pourraient également se faire durant la période d’hiver. Une sortie dans la neige sous un soleil d’hiver, assortie d’un repas chaleureux dans une ambiance rustique peut s’avérer une expérience tout à fait plaisante. Sur les six prestataires de tourisme équestre dans le canton de Vaud ayant répondu à notre questionnaire, quatre considèrent cette activité comme peu ou pas rentable. Seul deux d’entre eux la disent rentable. Malgré cela, les six se disent prêts à maintenir et même à développer ce type d’activité. Que ce soit par passion ou par conviction qu’il s’agit là d’un créneau prometteur, tout porte à croire que le tourisme équestre va continuer à se développer dans le canton de Vaud. Le faible rendement économique de ce type d’activité n’en fait en aucun cas une source de revenu principal. Elle ne peut se concrétiser que dans le cadre d’une exploitation agricole ou équestre disposant des infrastructures nécessaires à son organisation. Sur la base d’une telle entreprise, elle peut se constituer en activité annexe, qui bien gérée, apportera par la suite un revenu complémentaire à l’exploitation principale. De ce point de vue, il est compréhensible que les centres équestres concentrent l’essentiel de leurs activités sur l’enseignement des disciplines sportives qui assure un revenu bien plus régulier. [1]PROMO-RANDO, « Extraits du rapport 85 du Conseil Supérieur de l’Equitation présidé par Nelly Commergnat », in Randonnée équestre. Le magazine du voyage à cheval et du tourisme équestre, n°8, Moissy-Cremayel, France, juillet-août 1985. [2]Association Suisse des Randonneurs Equestres, cf. point 2.2.. [3]cf. annexe 5. [4]Revue Espaces, Tourisme équestre, n°124, Paris, ed. touristiques européennes, novembre-décembre 1993, p.19. [5]L’AVTP (Association Vaudoise de Tourisme Pédestre) dispose chaque année d’une aide cantonale de 110’000 francs. Ce fonds est essentiellement destiné à la signalisation (balisage) du réseau. [6]Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) & Fédération suisse de tourisme pédestre (FSTP), Directives concernant le balisage des chemins de randonnée pédestre, Berne, 1991, p.8. [7]Les textes de loi figurent dans l’annexe 7. [8]Fédération Suisse des Sports Equestres, Le cheval dans la circulation. Prescriptions légales, Ed. Pierre Burkhardt, Müllheim, 1992, p.19. [9]L’Estafette, N° 29, Mars 91. [10]PROMO-RANDO, Randonnée équestre. Le magazine du voyage à cheval et du tourisme équestre, n°14, Moissy-Cremayel, France, octobre 1986. [11]Revue Espaces, Tourisme équestre, n°124, Paris, ed. touristiques européennes, novembre-décembre 1993, p.21.
|