1. Qu’est ce que le tourisme équestre ?

Le Dossier

Introduction
Qu'est ce que le tourisme équestre ?
Définition
Une équitation de loisir
Une forme de voyage
Une nature organique
L'essor du tourisme équestre
En France
En Suisse
L'exemple du Jura
L'offre dans le canton de Vaud
La demande
En général
Dans le canton de Vaud
Les conditions de développement du tourisme équestre
Règles générales
Obstacles propres au canton de Vaud
Offre d'hébergement
Problématique des chemins
Rigidité des milieux équestres
La formation de guides
Faible rentabilité
Quelle organisation pour le tourisme équestre en Suisse romande?
Regroupement de l'offre
Définition de formules touristiques
Conclusion

Ces dossier provient du Mémoire de licence en Géographie de Pascale Nicod, réalisé en 1998

Liens sur le sujet

www.asre.ch/rando
www.gites.ch
www.ranch.ch
www.ffe.com/te/ www.worldtrailrides.com

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1.1. Définition

La spécificité du tourisme équestre est d’allier aux motivations premières du touriste que sont le déplacement et l’agrément, la pratique du cheval. D’une manière générale, le tourisme équestre désigne tout déplacement à cheval n’ayant d’autre but que la détente, en un autre lieu que la résidence, en un autre temps que la pratique habituelle et périphérique, et dans une autre activité que celle des loisirs au quotidien.

Induisant nécessairement un déplacement et excluant tout esprit de compétition, il ne concerne que la promenade et la randonnée. Les pratiques plus sportives de l’équitation tels le saut, le dressage, ou les courses n’entrent pas dans cette définition. De même, de par leur but compétitif et les entraînements réguliers qu’elles supposent, les disciplines plus proches de la nature que sont l’endurance ou les « techniques de randonnée équestre de compétition »(TREC), développées plus récemment, n’entrent pas dans la définition du tourisme équestre.

1.1.1. Une équitation de loisir

La forme d’équitation retenue dans le tourisme équestre s’apparente aux activités appelées aujourd’hui « sports de loisir », qui paradoxalement, désignent des pratiques physiques (et non des activités sportives) de détente et de pleine nature. Leurs caractéristiques essentielles sont d’être:

  • très accessibles, ne nécessitant qu’une initiation sommaire,
  • très aisément praticables, n’exigeant qu’une technicité élémentaire et des infrastructures modestes,d
  • douces, parce que dissociées des performances sportives,
  • souples, s’exerçant sans carcan réglementaire excluant la spécialisation et s’adaptant  «à la carte» aux aspirations individuelles,
  • distractives, apportant une diversion propre à délasser l’esprit et ne demandant pas d’application soutenue,
  • l’occasion pour l’homme de se ressourcer au contact de la nature.

Ces particularités que l’on retrouve dans des pratiques tels que le ski, le VTT, ou la marche à pieds, en font des activités extrêmement attractives et réalisables par le plus grand nombre. La forme d’équitation que met en scène le tourisme équestre, à savoir, la pratique de la promenade ou de la randonnée, correspond bien à ces caractéristiques. Elles se distingue des autres formes d’équitation par

  • une union avec le cheval dans le respect de ses allures et de son rythme, visant plus la complicité que la recherche de performance,
  • une activité de détente, sans esprit de rivalité ou de recherche d’une récompense sous    forme d’argent ou d’honneur,
  • un dépaysement dans l’espace et le temps assorti d’un respect de la nature et du   monde rural,
  • enfin, une curiosité et un intérêt culturel porté à une région donnée.

1.1.2. Une forme de voyage

Le tourisme équestre consiste à se déplacer à travers la campagne. Il peut revêtir différentes formes allant des simples promenades d’une heure à une demi journée aux véritables randonnées à cheval d’une journée à plusieurs jours ponctués d’étapes. Il peut se pratiquer seul ou en groupe et constituer une activité exclusive ou accessoire de séjours de vacances ou d’initiation à la nature. Dans certains cas, il utilise un véhicule attelé d’un ou plusieurs chevaux; il s’agit alors de tourisme hippomobile.

Le tourisme équestre est donc à envisager sous la forme du « voyage à cheval » qu’elle que soit sa durée dans le temps. Il s’agit d’une formule de découverte du patrimoine naturel, architectural, culturel ou humain d’une région, qui privilégie le rythme et l’authenticité de l’approche par le cheval. A ce titre, un séjour s’organisant uniquement autour du cheval et de sa pratique, sans tenir compte des intérêts de la région environnante, sera qualifié de séjour ou de « stage équestre » mais certainement pas de tourisme équestre.

Même si le tourisme équestre ne se résume pas aujourd’hui à la seule pratique de la randonnée équestre, la « Charte de la randonnée équestre »[2], édifiée en 1983 par une association de randonneurs du sud de la France et reprise, depuis, par beaucoup d’organismes responsables de tourisme équestre, résume parfaitement l’esprit de celui-ci :

            La finalité de l’acte cavalier étant de manière immémoriale l’utilisation du cheval dans l’espace naturel comme moyen de déplacement, la randonnée équestre constitue la forme la plus évidente d’équitation sans préjudice pour les aspects plus spécialisés de cette dernière.

            A la différence de la simple promenade elle consiste à parcourir pendant plusieurs jours un itinéraire envisagé dans les meilleures conditions de sécurité du cheval, du cavalier, des tiers et le respect des sites traversés.

            La randonnée équestre n’implique pas une exclusive pour un type de monte ni un type de cheval. Elle suppose par contre un état d’esprit qui la rend égale en importance, en qualité et en mérites aux autres formes d’équitation.

            Elle se définit également comme une activité physique de pleine nature à caractère non compétitif, praticable à tout âge et toute l’année d’une façon autonome et solidaire. Elle favorise particulièrement la vie de groupe et l’équilibre naturel de l’individu.

            La pratique de la randonnée équestre exige du randonneur d’être une femme, un homme de cheval par la conduite qu’il adopte envers son compagnon. Il se doit de le traiter avec dignité, douceur et compétences équestres dans tous les actes de sa relation avec lui. Pour cela, il a à coeur de se donner les moyens d’apprendre tout ce qui pourra l’aider dans ce sens.

            La randonnée équestre lui demande d’être aussi, une femme, un homme de nature par le respect qu’il a du pays qu’il parcourt, des domaines privés ou publics qu’il traverse et ainsi des personnes qui en ont la propriété ou la charge. Il se conduit en utilisateur responsable du patrimoine naturel et humain.

            Le randonneur équestre revendique le droit de circuler librement en toute liberté consciente et réfléchie sans attenter à celle des autres.

            Cavalier responsable, il sait que seul l’observation scrupuleuse et acceptée de ces principes lui permet de se défendre et d’être reconnu comme tel.

            1.2. Une nature organique

Le succès du cheval réside en grande partie dans l’image de nature et de liberté qui lui est  généralement associée dans l’imaginaire commun. Le cheval est évocateur de nature sous deux formes différentes.

La première c’est qu’étant un animal et non une machine, il est lui-même un élément naturel. A ce titre, il entre dans le concept de « nature organique », décrit par Serge Moscovici[3] comme le premier des trois modes de production et d’invention par lesquels est passée l’humanité au cours de son histoire. La conception « organique » du travail s’oppose aux deux autres états dits « mécanique » et « cybernétique ». Dans la nature organique, c’est uniquement l’énergie et l’habileté de l’homme qui sont exploitées afin de transformer des ressources naturelles. La nature mécanique se caractérise par la production et la maîtrise d’énergies différentes permettant une démultiplication de la force de travail en même temps qu’une économie en énergie humaine. Enfin, dans la nature cybernétique, l’organisation initiale des matières est manipulée afin d’en recréer de nouvelles. Pour en revenir au cheval, son déplacement ne fait appel à aucune autre énergie que ses propres fonctions organiques. Si en montant à cheval, l’homme n’a pas recours directement à sa propre énergie, il utilise en revanche le mode de transport le plus naturel qui soit.

Ce retour au moyen le plus naturel de se déplacer séduit un public que les facilités d’une société moderne ont tendance à étouffer à force de vouloir le contenter. « L’idée de nature sert ici de référence à une nostalgie pour un ordre des choses originel et universel, un âge d’or révolu qui s’oppose au désordre urbain actuel ». Enfin, le contact qui s’établit entre le cavalier et son cheval est un privilège qu’aucune machine ne saurait procurer.

La seconde forme sous laquelle le cheval est évocateur de nature a un rapport direct avec l’environnement et ses paysages. Le cheval appelle avant tout l’idée de déplacement, voire de voyage et débouche donc irrémédiablement sur un contact avec la nature. L’intérêt pour l’équitation est d’ailleurs souvent motivé par l’attrait des sorties en extérieur. D’après un sondage effectué par la Fédération Française d’Equitation, pour 56 % des gens l’idée du cheval évoque d’abord la pratique de la randonnée ou de la promenade. Les domaines de la course et de la compétition ne sont mentionnés que dans de moindre proportions. De même, 63 % des personnes considèrent la randonnée comme l’aspect le plus attrayant de l’équitation, alors que 25 % apprécient plus le côté discipline/contrôle du cheval, et que 12 % se disent surtout attirés par la compétition. Enfin, pour beaucoup d’adeptes, l’envie de pratiquer l’équitation est venue après avoir vu des cavaliers en promenade.

Le besoin de rapprochement avec la nature est un signe propre aux sociétés occidentales modernes urbanisées. Le cheval répond particulièrement à ce besoin parce qu’il représente lui-même une part de nature et qu’il constitue en même temps un trait d’union avec elle.



[1]PROMO-RANDO, « Extraits du rapport 85 du Conseil Supérieur de l’Equitation présidé par Nelly Commergnat » in Randonnée équestre. Le magazine du voyage à cheval et du tourisme équestre, n°8, Moissy-Cremayel, France, juillet/août 1985.

[2]PROMO-RANDO, «Charte du tourisme équestre » in Le magazine du voyage à cheval et du tourisme équestre, n°8, Moissy-Cremayel, France, juillet/août 1985.

[3]Moscovici, S., Essai sur l’histoire humaine de la nature, Flammarion, Paris, 1968, chapitres III et IV.