1.1.
Définition
La
spécificité du tourisme équestre est dallier aux motivations
premières du touriste que sont le déplacement et lagrément,
la pratique du cheval. Dune manière générale, le tourisme
équestre désigne tout déplacement à cheval nayant dautre
but que la détente, en un autre lieu que la résidence, en un autre
temps que la pratique habituelle et périphérique, et dans une
autre activité que celle des loisirs au quotidien.
Induisant
nécessairement un déplacement et excluant tout esprit de compétition,
il ne concerne que la promenade et la randonnée. Les pratiques
plus sportives de léquitation tels le saut, le dressage,
ou les courses nentrent pas dans cette définition. De même,
de par leur but compétitif et les entraînements réguliers quelles
supposent, les disciplines plus proches de la nature que sont
lendurance ou les « techniques de randonnée équestre de
compétition »(TREC), développées plus récemment, nentrent
pas dans la définition du tourisme équestre.
1.1.1. Une équitation de loisir
La
forme déquitation retenue dans le tourisme équestre sapparente
aux activités appelées aujourdhui « sports de loisir »,
qui paradoxalement, désignent des pratiques physiques (et non
des activités sportives) de détente et de pleine nature. Leurs
caractéristiques essentielles sont dêtre:
1.1.2. Une forme de voyage
Le
tourisme équestre consiste à se déplacer à travers la campagne.
Il peut revêtir différentes formes allant des simples promenades
dune heure à une demi journée aux véritables randonnées
à cheval dune journée à plusieurs jours ponctués détapes.
Il peut se pratiquer seul ou en groupe et constituer une activité
exclusive ou accessoire de séjours de vacances ou dinitiation
à la nature. Dans certains cas, il utilise un véhicule attelé
dun ou plusieurs chevaux; il sagit alors de tourisme
hippomobile.
Le
tourisme équestre est donc à envisager sous la forme du « voyage
à cheval » quelle que soit sa durée dans le temps. Il sagit
dune formule de découverte du patrimoine naturel, architectural,
culturel ou humain dune région, qui privilégie le rythme
et lauthenticité de lapproche par le cheval. A ce
titre, un séjour sorganisant uniquement autour du cheval
et de sa pratique, sans tenir compte des intérêts de la région
environnante, sera qualifié de séjour ou de « stage équestre »
mais certainement pas de tourisme équestre.
Même
si le tourisme équestre ne se résume pas aujourdhui à la
seule pratique de la randonnée équestre, la « Charte de la randonnée
équestre », édifiée en 1983
par une association de randonneurs du sud de la France et reprise,
depuis, par beaucoup dorganismes responsables de tourisme
équestre, résume parfaitement lesprit de celui-ci :
La
finalité de lacte cavalier étant de manière immémoriale
lutilisation du cheval dans lespace naturel comme
moyen de déplacement, la randonnée équestre constitue la forme
la plus évidente déquitation sans préjudice pour les aspects
plus spécialisés de cette dernière.
A la différence de la simple promenade elle consiste à
parcourir pendant plusieurs jours un itinéraire envisagé dans
les meilleures conditions de sécurité du cheval, du cavalier,
des tiers et le respect des sites traversés.
La randonnée équestre nimplique pas une exclusive
pour un type de monte ni un type de cheval. Elle suppose par contre
un état desprit qui la rend égale en importance, en qualité
et en mérites aux autres formes déquitation.
Elle se définit également comme une activité physique de
pleine nature à caractère non compétitif, praticable à tout âge
et toute lannée dune façon autonome et solidaire.
Elle favorise particulièrement la vie de groupe et léquilibre
naturel de lindividu.
La pratique de la randonnée équestre exige du randonneur
dêtre une femme, un homme de cheval par la conduite quil
adopte envers son compagnon. Il se doit de le traiter avec dignité,
douceur et compétences équestres dans tous les actes de sa relation
avec lui. Pour cela, il a à coeur de se donner les moyens dapprendre
tout ce qui pourra laider dans ce sens.
La randonnée équestre lui demande dêtre aussi, une
femme, un homme de nature par le respect quil a du pays
quil parcourt, des domaines privés ou publics quil
traverse et ainsi des personnes qui en ont la propriété ou la
charge. Il se conduit en utilisateur responsable du patrimoine
naturel et humain.
Le randonneur équestre revendique le droit de circuler
librement en toute liberté consciente et réfléchie sans attenter
à celle des autres.
Cavalier responsable, il sait que seul lobservation
scrupuleuse et acceptée de ces principes lui permet de se défendre
et dêtre reconnu comme tel.
1.2. Une nature organique
Le
succès du cheval réside en grande partie dans limage de
nature et de liberté qui lui est
généralement associée dans limaginaire commun. Le
cheval est évocateur de nature sous deux formes différentes.
La
première cest quétant un animal et non une machine,
il est lui-même un élément naturel. A ce titre, il entre dans
le concept de « nature organique », décrit par Serge Moscovici comme le premier
des trois modes de production et dinvention par lesquels
est passée lhumanité au cours de son histoire. La conception
« organique » du travail soppose aux deux autres états dits
« mécanique » et « cybernétique ». Dans la nature organique, cest
uniquement lénergie et lhabileté de lhomme qui
sont exploitées afin de transformer des ressources naturelles.
La nature mécanique se caractérise par la production et la maîtrise
dénergies différentes permettant une démultiplication de
la force de travail en même temps quune économie en énergie
humaine. Enfin, dans la nature cybernétique, lorganisation
initiale des matières est manipulée afin den recréer de
nouvelles. Pour en revenir au cheval, son déplacement ne fait
appel à aucune autre énergie que ses propres fonctions organiques.
Si en montant à cheval, lhomme na pas recours directement
à sa propre énergie, il utilise en revanche le mode de transport
le plus naturel qui soit.
Ce
retour au moyen le plus naturel de se déplacer séduit un public
que les facilités dune société moderne ont tendance à étouffer
à force de vouloir le contenter. « Lidée de nature sert
ici de référence à une nostalgie pour un ordre des choses originel
et universel, un âge dor révolu qui soppose au désordre
urbain actuel ». Enfin, le contact qui sétablit entre le
cavalier et son cheval est un privilège quaucune machine
ne saurait procurer.
La
seconde forme sous laquelle le cheval est évocateur de nature
a un rapport direct avec lenvironnement et ses paysages.
Le cheval appelle avant tout lidée de déplacement, voire
de voyage et débouche donc irrémédiablement sur un contact avec
la nature. Lintérêt pour léquitation est dailleurs
souvent motivé par lattrait des sorties en extérieur. Daprès
un sondage effectué par la Fédération Française dEquitation,
pour 56 % des gens lidée du cheval évoque dabord la
pratique de la randonnée ou de la promenade. Les domaines de la
course et de la compétition ne sont mentionnés que dans de moindre
proportions. De même, 63 % des personnes considèrent la randonnée
comme laspect le plus attrayant de léquitation, alors
que 25 % apprécient plus le côté discipline/contrôle du cheval,
et que 12 % se disent surtout attirés par la compétition. Enfin,
pour beaucoup dadeptes, lenvie de pratiquer léquitation
est venue après avoir vu des cavaliers en promenade.
Le
besoin de rapprochement avec la nature est un signe propre aux
sociétés occidentales modernes urbanisées. Le cheval répond particulièrement
à ce besoin parce quil représente lui-même une part de nature
et quil constitue en même temps un trait dunion avec
elle.